Lors du dernier Congrès général de la SFP, les thématiques du climat et de la transition énergétique ont fait l’objet de plusieurs exposés répartis en deux sessions, la première comprenant trois conférences semi-plénières suivies d’une table ronde et d’un débat.

Devant la menace des conséquences d’un réchauffement climatique, dont les deux exposés complé- mentaires de Henri Le Treut, (« Après la COP21, quelle responsabilité pour la communauté scientifique ? »), puis de Gilles Ramstein, (« Les climats de la terre : dans quels contextes l’Homme va-t-il changer le climat ? »), nous ont confirmé la réalité et les dangers, la décarbonisation de l’économie représente un défi majeur pour nos sociétés développées, et c’est tout l’enjeu de ce que l’on entend par transition énergétique.

Cette transition devrait conduire à une réduction drastique de la part des énergies fossiles (qui est d’environ 80% actuellement) dans l’énergie primaire totale utilisée au niveau mondial. Or, comme nous l’a clairement exposé Gaël Giraud, (« Énergie et matière en économie : comment réparer cet “oubli” ? »), la prospérité et le développement économique dépendent étroitement de l’énergie, de la matière et de leurs transformations. Aucun substitut n’existe. Le défi posé par la décarbonisation revient donc à trouver des sources d’énergie non carbonées remplaçant les sources fossiles, et répondant aux besoins en quantité, qualité adaptée aux usages, et disponibilité adaptée à la demande, tout en satisfaisant aux contraintes économiques et environnementales. Or, il n’existe malheureusement actuellement aucune solution miracle !

En effet, pour ce qui concerne la production d’électricité, comme l’ont démontré les exposés de Dominique Grand, (« Les conséquences de l’intermittence des énergies renouvelables et comment les gérer »), puis de Gérard Gebel, (« Stockage massif de l’énergie : options envisageables et verrous identifiés »), les énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien) ne peuvent constituer la panacée en l’absence de possibilité de stockage massif à un coût énergétique raisonnable. Pour éviter la décroissance et l’effondrement de nos sociétés, faudra-il se tourner vers un nucléaire devenu une source d’énergie propre et socialement acceptable ? C’était l’objet de l’exposé de Daniel Heuer, (« Quel nucléaire pour le futur ? »), sur les réacteurs de 4e génération à sels fondus, utilisant le cycle du thorium.

Un message d’espoir a tout de même été apporté par l’exposé d’Henri Safa sur la cogénération, (« La cogénération pour une transition énergétique efficace »), qui consiste à récupérer la chaleur fatale, i.e. les rejets thermiques, des centrales électriques pour les usages non électriques de l’énergie, chauffage urbain notamment, et permettrait ainsi de les décarboniser. Au cours de la table ronde et du débat, les orateurs ont pu répondre aux nombreuses questions suscitées dans le public par leurs exposés. Parmi les principaux points abordés, on retiendra particulièrement ceux liés : • à l’évolution du climat (que se passera-t-il si l’on ne réussit pas à réduire les émissions anthropiques de gaz à effet de serre ?), aux risques climatiques et à la question de leur prise en compte par la société ; • aux modèles économiques.

Si l’idée que nous pourrions maintenir une société prospère sans consommer ni énergie ni ressources est bien incompatible avec ce que nous apprend la thermodynamique sur le monde, alors quid de la croissance et de la mesure du bien-être et de la prospérité (qui nécessiterait des indicateurs alternatifs au PIB) ? • aux scénarios de transition énergétique et à la pertinence des hypothèses sur lesquelles ils reposent. Par exemple : décroissance de la consommation d’énergie ? la biomasse, est-ce vraiment marginal ? • aux possibles solutions pour gérer l’intermittence des énergies renouvelables : adaptation de la demande à l’offre, stockage par pompage hydraulique, etc.

Gérard Bonhomme Président de la commission Énergie et Environnement de la SFP.